L’incarcération de la Jeunesse Française

Gerard Watkins, avec les élèves de L’École de la Comédie de Saint-Etienne

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Il y a trois ans, la promotion 33, dont j’ai eu le bonheur d’être parrain, entrait à L’École de la Comédie. Quelques jours plus tard, il y a eu l’homicide de Nahel Merzouk, et des émeutes urbaines ont secoué la France. Il y a quelque chose de l’ordre du sensible, de la conscience, de l’éveil, qui relie cette génération à ces évènements. Un désir aussi que nous avons partagé d’en faire théâtre.

Pendant trois ans, avec la promotion 33, nous avons travaillé sur l’histoire des quartiers populaires. Leur progression historique et sociétale du 20ème au 21ème siècle. Les élèves ont ensuite travaillé avec les détenus de la maison d’arrêt de La Talaudière pendant trois mois, et entamé une deuxième recherche sur le milieu carcéral en France aujourd’hui. Celui-ci est devenu le lieu de représentation de notre première recherche. Se rapprocher de la réalité par le théâtre, en somme. À partir de ces recherches et de six semaines d’improvisations, j’ai finalisé l’écriture. Un spectacle de sortie d’élèves à ses règles, ses lois, qui dictent une dramaturgie. Répartition équitable, durée en conséquence, écriture sur mesure. Et, aussi, une certaine dose de pédagogie. Je le considère au même titre qu’un spectacle professionnel. C’est d’ailleurs, pédagogiquement, l’objectif.

Avant toute chose, je dirais que L’incarcération de la Jeunesse Française est une fiction.  Documentée, certes, mais le milieu carcéral est là, comme dirait Harold Pinter et Edward Bond, pour représenter notre monde.  Dans sa violence systémique autant que dans sa beauté poétique.

L’incarcération de la Jeunesse Française met en lumière et en résonance les violences policières et la violence institutionnelle des lois. Il y a en France en ce moment ce que l’on pourrait appeler des prisonniers politiques. Jeunes arrêtés pendant des manifestations, d’autres incarcérés comme ce fut le cas pour 400 jeunes après 583 comparutions immédiates suite aux émeutes liées à l’homicide de Nahel Merzouk. Cette violence ne vient pas de nulle part. Elle a été construite au fil des années. Le court poème d’Hampâté Bâ sur le caméléon, mis en danse par Armand, en est l’écho. Baisse les yeux, et fonds-toi. Il est ici question de fragilité. La fragilité de ces jeunes mis en résonance avec la fragilité de la militante de l’O.I.P. Fragilité de ces centres aux taux d’occupation moyennant les 156 %. Il y est question du quotidien de l’enfermement, et de ce qui se tisse intérieurement, secrètement. Dans sa lumière autant que dans son danger potentiel. Chemin de la révolte au renoncement, ou l’inverse. Réminiscences des blessures passées au réveil des réalités assommantes qui les attendent.

L’incarcération de la Jeunesse Française met en lumière la violence liée à « la guerre des drogues », qui sévit en France comme ailleurs, faute de solutions pragmatiques et humaines. Beaucoup d’incarcérés sont là pour ces raisons, et la responsabilité collective et sociétale dans cette injustice tragique est un thème dont je cherche à faire théâtre depuis longtemps. Les solutions pour s’échapper de cet enfer, qui est aussi responsable, par réaction, de la montée des extrêmes droites, sont loin d’être simples, et la tension entre les trois protagonistes détenues et leur encadrement en est une mise en dramaturgie autant qu’une mise en abîme.

L’incarcération de la Jeunesse Française pose aussi le regard douloureux de l’artiste qui imagine offrir un salut, mais peine à se défaire de sa posture de « sachant ». D’autres thématiques y font écho. La nécessité et la vitalité des masques dont use cette génération, qui se protège comme elle peut. Le « voir ou ne pas voir, dire ou ne pas dire », que nous subissons ensemble. Et enfin, l’amour et la rédemption, qu’elle soit laïque, sociale, ou religieuse. Une représentation incarnée de l’enfer, la solitude, la détresse, l’addiction, le manque, qui se débattent entre ce qui se détruit, ce qui se soutient, et ce qui se soigne.

Gerard Watkins

Générique

texte, mise en scène Gerard Watkins / avec les apprenti·es comédien·nes de la promotion 33 de L’École de la Comédie de Saint-Etienne Gwyneth Baya, Selvi Kaya, Maï-Linh Leffray-Bidous, Rose Metral, Éric-Roland Ntari, Étienne Rabaud, Imane Rezkallah, Léon Roiné-Rivière, Lucas Sekali, Waïl Souilou, Clarisse Tissot, Théo Trassoudaine / création lumière Anne Vaglio / scénographie François Gauthier-Lafaye / régie générale et son Yannick Vérot / régie lumière Aurélien Guettard, Sébastien Noël Combes, régie plateau et accessoires Hubert Blanchet,  costumes Vérane Mounier

spectacle terminé

ados / adultes

Dates

  • juillet 2026
    • Jeudi 2 à 20h00
    • Vendredi 3 à 19h00

Durée

2h30

Salle

Grande Salle

Gratuit sur réservation